1er février 1954 : L'appel de l'Abbé Pierre - Hiver 54
Avoir le courage de ces deux regards....
Ce jour de 1954, l'hiver est froid. Depuis trois ans, la température descend à - 13 à Paris (deux ans plus tard il fera même - 36 à Metz, - 15 à St Tropez...). De ces températures dont nos jeunes ne se souviennent pas...
Cet hiver 1954, raconte Dany, écolière ainsi que ses soeurs, en Limousin,
"...fut un hiver terrible. La neige pour un temps avait étendu son blanc manteau sur la montagne limousine mais un vent glacial soufflant du nord avait accroché une glace tenace sur toutes choses. Un monde irréel qui clouait dans leurs maisons les bêtes et les gens.
Au collège....Des chandelles pendaient aux robinets des lavabos et seuls les téméraires tentaient de faire une toilette des plus sommaires. Une fine couche de givre recouvrait les couvertures, tout était glacé. A cette époque là, il y avait beaucoup de pensionnaires et une annexe avait été ouverte dans les locaux de l'école communale. Seuls y demeuraient les 'grands' élèves. Au petit jour, alors qu'il fallait aller déjeuner et se rendre en cours, ils sortaient et remontaient très vite la Rue générale. A l'angle qui faisait le coin entre le collège et l'hôtel Nony, les téméraires qui s'étaient risqué à faire une toilette de chat, voyaient leurs cheveux gelés et sur la peau de leurs visages se cristallisaient de petites étoiles de glace."
"A la maison," raconte Huguette, "nous nous refugions auprès du poêle à bois dans la pièce principale. Le soir, notre mère faisait rechauffer des briques dans le foyer du feu et les glissait dans notre lit. Le matin, nous enfoncions des morceaux de journaux autour de nos pieds et de nos jambes pour avoir moins froid..."
Dans le pays, la reconstruction n'est pas terminée: les routes et chemins de fer sont prioritaires. Parallèlement, le "baby boom" et l'exode de la population vers les villes, font sentir leurs effets sur les besoins en logements. Les maires résistent à l'idée de laisser se multiplier les tentes rachetées à l'armée américaine en périphérie de leur ville et ces maisons de tôle, faites de n'importe quoi, faites d'urgence, que les premiers compagnons d'Emmaus ont récupéré ou commencé à édifier en région parisienne...
Dans les rues de Paris, les clochards que l'on croise sont pittoresques. Aux yeux de beaucoup, ils ont choisi...Et, dans le froid, les soucis de la vie quotidienne, la course à cette soif de vie et de modernité qui marque l'après-guerre et les années 50, difficile de reconnaître que la pauvreté existe vraiment...
En janvier, un bébé meurt dans un vieux car glacé, coincé entre ses parents impuissants à le réchauffer...Le lendemain, un prêtre interpelle publiquement, à la télévision, le président Coty, ses ministres...Mais, à l'époque, peu de foyers ont la télévision et à cet enterrement là, peu viendront...
Alors, ce 1er février 1954, parce qu'une nouvelle mort est arrivée, parce que rien ne s'est passé de plus, parce que le secours local des paroisses et des aides populaires ne suffit plus, parce qu'il faut changer le regard "poétique" que l'on pose sur les "clochards", l'Abbé Pierre décide de lancer un appel au travers du seul media que tout le monde écoute: la radio...
...Le reste, vous le savez, personne ne l'a oublié...
-----
1er février 2004: l'Abbé Pierre est entré dans notre quotidien, comme les SDF dans les rues (ce ne sont plus des "clochards", avez-vous remarqué?) ou les quêteurs dans les métros parisiens...
Il lance un nouvel appel mais sans grand succès ; d'ailleurs qui s'en souvient? "Il y a 50 ans, tous sortaient à peine des atrocités de la guerre. Tous avaient dû fuir, chacun se sentait proche des réfugiés. Les gens se rappelaient la souffrance et la peur. Ils étaient davantage prêts à réagir. Mais, on ne renouvelle pas des faits historiques comme celui-là" dira t-il.
Coluche nous démontrera que, quelques hommes de bonne volonté, "porteurs de flambeaux", peuvent encore faire des miracles.
Pas facile...L'homme n'est-il pas porté à se lasser de la misère comme de la tristesse des autres? Au fond, ne s'habitue t-on pas à tout, même au plus terrible?
Pourtant, dans ce même quotidien, "nous avons deux yeux: un qui donne le courage de regarder le mal et de le combattre, et l'autre qui veut que nous regardions ce qui est beau...". Il nous faudrait avoir plus souvent "le courage de ces deux regards." (Abbé Pierre).
Il nous faudrait...
Hiver 1954 L'appel Hommage à l'Abbé Pierre
Merci à Dany (Ionard) qui nous a gentiment communiqué un article publié sur son blog et dont nous avons repris un extrait (retrouvez-le en intégralité ICI. Allez le lire, c'est un très beau témoignage: elle s'y souvient de l'appel de l'abbé Pierre en 1954 et de ce qui se passa dans son école).
N'oubliez pas: Site Emmaus ...Site Coluche, les restos du coeur ...
Mots-clés : hommage, evenement historique, societe, memoire
![En Haut [^]](/public_images/skins/itheme/fleche-haut-13.png)

Amis d'OB, impossible de vous laisser des messages ce matin





1 - Bonjour à vous!
Ce billet est le résultat d'une collaboration que nous espérons renouveler...
Encore merci à Ionard, à Huguette et à Gwen.
Sur le blog de Ionard vous retrouverez aussi les grandes lignes de la vie de l'Abbé Pierre...
Bonne lecture et malgré le temps pluvieux, froid et venteux, bon vendredi à tous!